Brigitte Gothière (L214) : il faut « un système de sanctions qui soit proportionné, dissuasif et effectif » face aux maltraitances animales


Publié le 25.01.2022


ENTRETIEN / VIDEO - La co-fondatrice de l’association L214 était l’invitée d’MRG, vendredi 7 janvier. Deux semaines après la dénonciation de violences dans un élevage en cage de poules pondeuses dans les Deux-Sèvres, elle appelle à un changement de la réglementation sur ce type d’élevage.

Mercredi 15 décembre, l’association L214 dénonçait dans une vidéo des violences « extrêmes » exercées dans un élevage en cage de poules pondeuses, à Pamproux. Les images montrent des volailles sans plumes, d’autres mortes et des hommes frapper à coup de pied dans les animaux. Le groupe visé, Pampr’œuf, a réfuté ces accusations.

MRG : L214 a porté plainte pour « mauvais traitements et pour actes de cruauté » contre la société. Où en est la plainte aujourd’hui ?

Brigitte Gothière : Une enquête a été ouverte par le procureur mais, comme pour chaque enquête qu’on montre, c’est toujours très long. Quand on a montré, par exemple, les images de l’abattoir d’Alès, ce qui avait aussi beaucoup marqué en 2015, le procès n’avait eu lieu qu’en 2019. Il ne faut pas être pressé… D’ailleurs, on le voit bien, les magistrats et tous les personnels de justice réclament des moyens à corps et à cris. On ne veut pas les incriminer mais, effectivement, les moyens de la justice sont extrêmement limités. Du coup, les plaintes sont instruites de façon assez lentes pour la plupart.

Est-ce que sur ce type de sujet en particulier, la maltraitance animale, les outils de la justice sont moins puissants ?

J’ai l’impression que c’est un problème généralisé. Je ne connais pas tous les tenants et les aboutissants mais je vois bien qu’il y a eu des grèves, ce qui est quand même plutôt rare dans ce milieu-là. Je crois que la situation est catastrophique et pas seulement sur les questions de défense des animaux.

Je voudrais souligner qu’on a vu quand même un changement de la justice vis-à-vis des plaintes qui sont portées pour les mauvais traitements sur les animaux ou pour les actes de cruauté sur les animaux, notamment quand ça a lieu dans des milieux d’élevages ou d’abattoirs. Les premières plaintes qu’on a déposées ont été rapidement classées sans suite alors qu’aujourd’hui, très souvent, une procédure est ouverte. Une instruction est menée. Bien souvent, il y a des poursuites qui sont décidées, un procès qui a lieu. Les peines encourues sont encore faibles, celles qui sont prononcées sont encore plus faibles mais c’est une progression de « rien du tout » à « un petit peu » aujourd’hui. On espère bien plus demain sur les sanctions qui peuvent être apportées sur des actes de cruauté, notamment de la part de professionnels.

Vous espérez quoi concrètement ?

Concrètement, par rapport à la justice, qu’il y ait un système de sanctions qui soit proportionné, dissuasif et effectif. C’est assez clair. Ça, c’est juste quand il y a des infractions à la règlementation. Mais aujourd’hui, la règlementation autorise toujours à garder des poules pondeuses dans des cages pendant un an pour leur faire pondre des œufs. Des poules qui sont issues de poussins dont une partie a été broyée parce que c’était des mâles, qui ont été débecqués avant. La vie des poules pondeuses, c’est quand même un calvaire. Et tout ça est autorisé par la règlementation donc on voit bien qu’il faut qu’elle change.

Et puis, au bout d’un an de ponte de ces poules, c’est ce qu’on peut voir sur ces images, elles sont violemment sorties des cages. Même si vous le faites avec le plus de délicatesse possible, elles sont dans un tel état que, de toutes façons, quand elles arrivent à l’abattoir transportées dans ces caisses, il y a un taux de fractures qui est absolument époustouflant : luxations des ailes, fractures, etc…

MRG : Il y a donc le problème de la maltraitance animale qu’on a pu voir sur ces vidéos. Mais, ce que vous dites, c’est qu’il y a un autre problème de fond : la façon dont sont parquées ces volailles ?

Brigitte Gothière : Exactement, on a plusieurs problèmes. On a des problèmes d’ordre, j’ai envie de dire individuel et puis en même temps je n’y crois pas. Pourquoi ces personnes se comportent comme ça avec les animaux ? Parce que justement ces animaux, ce sont juste des marchandises. Les poules quand on les voit, quand ils les sortent, sont vendues ensuite quinze centimes à l’abattoir. Ce n’est rien. Le prix de la vie d’une poule, à la sortie d’un élevage en cage de poules pondeuses, c’est quinze centimes. Du coup, on a des gens qui ont des métiers relativement pénibles et on les voit qui pètent complètement les plombs. Ils ont leur responsabilité individuelle à porter, bien sûr, mais il ne faut pas oublier finalement ce que le système casse chez eux. Il casse l’empathie et donne des comportements comme ceux-là.

Et puis, il y a la maltraitance structurelle effectivement. Ici, avec l’exemple des poules pondeuses, le fait de les garder en cage. Plus largement, le fait de considérer les animaux comme de la nourriture, comme des ressources alimentaires. Cela mène à ce genre de comportement vis-à-vis des animaux. Là, c’est carrément un changement de paradigme qui est proposé.

Vous avez donné des notes sur vingt aux candidats à la présidentielle au sujet de la défense animale, dans Libération le 5 janvier dernier. Est-ce qu’il y a un candidat aujourd’hui de la défense animale ?

Effectivement, on a le parti animaliste qui propose Hélène Thouy comme candidate. Elle se centre sur défendre les animaux et elle le porte comme une campagne monothématique. Donc on a une candidate qui est absolument concentrée là-dessus. Et puis, dans les différents partis, certains ont un volet de propositions pour les animaux et qui, notamment, reprend les propositions qu’on porte : la fin de l’élevage intensif, comme cet élevage en cage mais comme tous les élevages qui ne laissent pas d’accès à l’extérieur aux animaux, la fin de la pêche industrielle et la réduction de notre consommation de produits d’origine animale, c’est-à-dire viande, lait, œuf et poisson, de 50% en cinq ans. Ça, il y a quelques partis qui le portent, à différents niveaux. Et puis d’autres ne considèrent pas la question animale comme une question importante, alors même que 89% des Français disent que c’est un sujet important pour eux. (NDLR. selon un sondage IFOP de 2019 pour le Collectif AnimalPolitique)

Si demain, je souhaite vous aider ou contribuer à vos actions, comment est-ce que je peux faire ?

Sur notre site, vous trouverez une section « Actions » dans laquelle vous avez tout un tas d’actions. Vous pouvez vous investir un peu, beaucoup, à la folie. Vous pouvez devenir adhérent et rejoindre les 50 000 membres de l’association ou rejoindre le réseau bénévole. On est présent dans 50 villes en France avec des antennes bénévoles hyper actives. Entre l’adhésion, suivre la lettre d’infos, nous suivre sur les réseaux sociaux…Surtout ce qui est important, c’est de diffuser l’information. Quand on montre des images comme ça, tout l’intérêt est qu’elles soient vues. Tout l’intérêt aussi, par exemple pour la présidentielle, c’est d’encourager les candidats et les candidates auxquels on est attaché à s’investir, à s’engager pour les animaux très concrètement.

Propos recueillis le vendredi 7 janvier 2022.

Photo : CC0

Regardez l’interview en vidéo


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