Patrick Pelloux : « le problème dans les hôpitaux franciliens n’a pas grand chose à voir avec le Covid-19 »


Publié le 21.11.2021


INTERVIEW - Le président de la commission médicale d’établissement de l’AP-HP, Rémi Salomon, a alerté le gouvernement sur la situation catastrophique dans les hôpitaux franciliens vendredi 12 novembre. Pour le médecin urgentiste Patrick Pelloux, « ce n’est pas à cause de l’épidémie de Covid-19 ».

Patrick Pelloux est d’accord avec Rémi Salomon : « la situation se tend dans les hôpitaux, c’est très net ». Le médecin urgentiste a signé la tribune dans « le Monde » paru la semaine du 14 novembre. « Nous l’avons fait collectivement avec Rémi Salomon » explique-t-il, pour alerter sur la situation. Mais contrairement à ce que l’opinion publique pourrait penser, « ça n’a pas grand-chose à voir avec l’épidémie de Covid-19 ». Alors que « beaucoup de médias parlent d’une cinquième vague », le médecin « ne la voit pas sur le terrain ». Patrick Pelloux travaille au Samu et ce jour-là, « on n'a pas fait un seul cas de coronavirus ». Paris intra-muros compte près de six millions de personnes, « parmi tous les appels que nous avons reçu, aucun ne concernait l’épidémie ». L’urgentiste reste néanmoins conscient qu’ « il y a un problème » et ne nie pas que  la pandémie « continue » et « touche surtout les non-vaccinés ».

« L’hôpital est resté figé en 1958 »

Patrick Pelloux est outré par le manque de personnel évident dans les hôpitaux franciliens. « Je crois qu’il y a un phénomène en France comme aux États-Unis : c’est le grand renoncement ». Pour lui, le personnel de santé « en a assez ». Il « ne se préoccupe pas de ce qu’il peut et de ce qui va se passer après leur abandon de poste ». L'intégralité du monde médical est concerné d’après l’urgentiste : « les infirmières, les brancardiers, les aide-soignants, les médecins, les sages-femmes… ». Plusieurs problèmes viendraient justifier ces renoncements, à commencer par la hiérarchie : « elle est pyramidale dans les hôpitaux alors que dans toutes les grandes entreprises, un système de proximité est mis en place ». « L’hôpital est resté figé en 1958 ». Autre problème, le « trop grand écart entre les salaires dans le libéral, dans le privé et dans le public ».

« Il y a une vague que tout le monde oublie, c’est la vague psychiatrique »

Alors que l’opinion publique et le gouvernement utilisent le terme de « cinquième vague » de contamination à la Covid-19, Patrick Pelloux n’est pas de cet avis. « Dans le métier, on parle d’une sixième vague ». Pour lui, « il y en a une que tout le monde oublie alors qu’elle est dramatique : c’est la vague psychiatrique ». Elle aurait eu lieu aux alentours du mois de mai d’après le médecin. « Les services de psychiatrie étaient débordés car ils internaient en pédopsychiatrie des enfants qui n’allaient pas bien ». La situation aujourd’hui n’est pas aussi catastrophique qu’à l’époque même si encore beaucoup de jeunes ont besoin d’aide. « Il y a eu une déstabilisation de la société avec la Covid, ce qui fait qu’on en est à la sixième vague ». L’urgentiste n’en est absolument pas étonné. Pour lui, « il y en aura même une septième vers le mois de mars ». Il considère que les vagues sont « inévitables », car « ce putain de virus est saisonnier ».

« Les non-vaccinés sont impossibles à convaincre »

Patrick Pelloux considère que « ce qui fait que la France est au-dessus de l’Europe, est le taux de vaccination ». « Nous sommes à 87%, c’est formidable » s’exclame-t-il. Néanmoins, il existe encore beaucoup de Français qui ne souhaitent pas se vacciner. Pour le médecin, « on ne peut rien leur dire », ils sont « impossibles à convaincre ». « Ils pensent que le vaccin va les changer génétiquement, qu’on va leur mettre des puces ». Selon lui, « ils n’écoutent rien ». L’urgentiste estime qu’il n’a « pas de temps à perdre avec eux ». Il ne cherche toutefois pas à les menacer « loin de là », « c’est juste que c’est une réalité ». « Les non-vaccinés vont tomber gravement malade. Quand ils seront dans des lits de réanimation, qu’ils ne seront pas bien et qu’on devra les amputer parfois de 20, 50, 75% de leurs poumons, ils regretteront de ne pas s’être fait vacciner ». À l’heure actuelle, « ceux qui sont en réanimation, ce sont ceux qui ne sont pas vaccinés ». Il alerte également les femmes enceintes sur ce point, si elles ne se font pas vacciner, « c’est un danger mortel pour l’enfant et la mère ».

« La troisième dose est nécessaire pour protéger la population »

Alors que la troisième dose de vaccin est devenue nécessaire le 9 novembre pour les plus de 65 ans afin de prolonger la validité de leur pass sanitaire, Patrick Pelloux estime qu’elle devrait être accessible « à l’ensemble de la population ». « Ça nous permettrait de gagner du temps » ajoute-t-il. Elle sera de toute façon « inéluctable » car « le problème qu’on a scientifiquement, c’est qu’on ne connaît pas l’usure du vaccin ». « Personne ne sait combien de temps l’épidémie va durer ». La troisième dose est donc « nécessaire pour protéger la population ». Elle le sera « encore plus » dans les mois qui viennent pour « les soignants, mais aussi les malades ».

Photo : LDD


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