Jérémy Decerle : « Arrêtons de taper sur l’agriculture »


Publié le 19.03.2022


INTERVIEW / VIDEO – Jérémy Decerle, eurodéputé affilié La République en marche, défendait la nouvelle politique agricole commune européenne, samedi 5 mars au Salon de l’Agriculture. Pour lui, l’Union européenne doit uniquement « donner la direction ».

« Garder les équilibres économiques » tout en rendant « un peu plus pertinente la dimension environnementale ». Voilà comment Jérémy Decerle décrit la nouvelle Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne. Après trois ans et demi de négociations, le parlement européen a adopté la réforme le 23 novembre dernier. Pour le député européen, interrogé par MRG samedi 5 mars dans « 2022, l’invité », celle-ci se veut réellement plus verte : « les PAC qu’on a pu connaître avant avaient l’habitude de faire reposer la dimension environnementale […] sur des objectifs de moyens qui consistaient à faire faire aux agriculteurs des quatre coins de l’Europe les mêmes pratiques ». Un système qui produisait peu de résultats, admet Jérémy Decerle, « parce que le climat n’est pas forcément le même, le sol n’est pas le même, l’historique agricole n’est pas le même » dans chaque pays.

Rapporteur de cette nouvelle PAC au parlement européen, Jérémy Decerle la défend avec ferveur. Celle-ci doit notamment laisser plus de marge de manœuvre aux Vingt-Sept. Chaque état a ainsi présenté son propre plan stratégique national pour détailler ses répartissements des fonds européens avec, en vue, le respect des objectifs écologiques de l’UE. Pour l’éleveur en Saône-et-Loire, l’Europe doit uniquement « donner la direction, l’orientation ». « Si elle impose des choses qui sont inapplicables au niveau des états membres, ce n’est pas bon » assure-t-il. S’il avoue qu’un risque de disparité puisse apparaitre entre les états, c’est ce « à quoi la commission européenne doit être vigilante : garder la communalité de la PAC ». Aucune raison de s’inquiéter donc pour le député du groupe La République en marche qui semble avoir toute confiance dans les gouvernements européens.

Une PAC juste pour tous les agriculteurs ?

387 milliards d’euros entre 2023 et 2027, c’est le budget que cette nouvelle PAC prévoit. La France en est le premier bénéficiaire et doit obtenir 66,2 milliards d’euros. Une allocation qui doit aussi permettre de faire face au défi d’une population agricole vieillissante. En France, un tiers des agriculteurs a plus de 60 ans ou atteindra cet âge dans les cinq prochaines années. L’accompagnement des jeunes agriculteurs est donc devenu essentiel. En tant qu’ancien président des Jeunes Agriculteurs, Jérémy Decerle connait bien le problème. Pour chaque état, au moins 3% du budget de la PAC doit être employé au soutien de ces jeunes agriculteurs. Un montant qui « n’est pas suffisant » reconnait l’eurodéputé. « La démographie agricole européenne est catastrophique. Il n’y a que 5% des agriculteurs qui ont moins de 35 ans. 50% ont plus de 55 ans et on demande à l’agriculture, avec les enjeux qui sont en face de nous, de faire encore plus de travail. Et pour faire plus de travail, si on a de moins en moins d’hommes ou de femmes pour être sur les exploitations agricoles, ce n’est pas bon » explique-t-il simplement. Un enjeu qui doit devenir pour Jérémy Decerle « une priorité » mais pas uniquement au niveau de la PAC. « Je pense qu’il faut le faire au niveau européen mais avec les politiques environnementales qui arrivent aussi » citant notamment le Green Deal. Mais l’eurodéputé se veut rassurant et sûr de lui : il n’y aura pas d’oublié de la PAC. « On a tout fait pour que non. Et en France, je pense qu’on accompagnera tout le monde ».

« Il n’y a pas de morts en rang par quatre tous les matins à cause du glyphosate »

Nouveauté dans la réforme de la PAC : les écorégimes. 25% des aides directes aux agriculteurs seront soumises au respect des critères environnementaux européens. Une incitation sous peine de ne pas obtenir toutes les aides financières. Pour Jérémy Decerle, « c’est plus intelligent de fonctionner comme ça, parce qu’avant, si on ne respectait pas la règle, on était sanctionné ». En France, 70% des agriculteurs pourraient déjà prétendre à ces aides sans avoir à ne rien changer à leur pratique. Un chiffre qui prouve pour les défenseurs de l’écologie que les objectifs et les obligations sont trop basses. Mais ces critiques, l’eurodéputé ne veut pas les entendre. « Nous sommes sur un territoire en France, ou en Europe, où l’agriculture et l’alimentation sont sous les réglementations les plus élevées du monde en matière de bien-être animal et d’environnement, assène-t-il, donc tout ça doit aller progressivement », avant d’ajouter « nous sommes, excusez-moi du propos, les meilleurs dans le domaine au niveau mondial donc arrêtons de taper sur l’agriculture. Arrêtons de dire "ce n’est pas assez" ».

Parmi les objectifs européens à respecter dans cette nouvelle PAC, l’utilisation des pesticides doit être réduite de moitié d’ici 2030. Interrogé sur le glyphosate et l’annonce non-tenue d’Emmanuel Macron de l’interdire, Jérémy Decerle s’agace. « On a toujours le glyphosate parce qu’on s’est rendu compte, peut-être un peu tardivement, qu’il y avait des impasses pour certaines agricultures ». Le principe est simple : « tant que nous n’avons pas de solution, nous n’interdisons pas ».

Mais le glyphosate, classé comme « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer, une agence de l'OMS, doit-il toujours être une priorité ? Jérémy Decerle se veut clair sur le sujet : « Il n’y a pas de morts en rang par quatre tous les matins à cause du glyphosate ». « On n’est pas sur des choses qui sont catastrophiques au niveau humain donc prenons le temps » insiste-t-il. « Qu’est-ce que vous préférez ? Qu’on interdise le glyphosate et qu’on n’ait plus de production en France et en Europe ? Qu’on aille chercher des produits ailleurs ? Parce que les consommateurs qui demandent l’arrêt du glyphosate vont tous continuer de consommer demain ! » lâche-t-il. Pour Jérémy Decerle, la seule réponse est de « continuer à s’améliorer » et surtout de faire « confiance à l’agriculture française ».

Regardez l’interview en vidéo

Photo : MRG Médias


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