Affaire Hulot - Le gouvernement a dit aux accusatrices : « vous mentez » 


Publié le 11.12.2021


INTERVIEW – Fatima Benomar, militante féministe et membre du collectif #NousToutes, était l’invitée d’MRG vendredi 3 décembre. Elle condamne le gouvernement pour avoir pris la défense de Nicolas Hulot.

« Il y a beaucoup de lâcheté de son côté ». Une semaine après la diffusion d’un épisode d'Envoyé spécial où plusieurs femmes accusent Nicolas Hulot d’agressions sexuelles, Fatima Benomar ne mâche pas ses mots. « D’abord, il a voulu, la veille, faire en sorte que l’information ne soit plus « Des femmes accusent Nicolas Hulot » mais « Nicolas Hulot quitte la vie politique » » explique-t-elle. Mercredi 24 novembre, l’ancien ministre de la Transition écologique annonce sur BFMTV se retirer de la « vie politique » et nie les faits qui lui sont reprochés. Son silence depuis est une « stratégie » pour la militante du collectif #NousToutes. Il a voulu « que ce ne soit pas pris comme un embarras de sa part mais juste comme une volonté ».

Malgré l’ancienneté des faits, un témoignage a permis au parquet du tribunal judiciaire de Paris d’ouvrir une enquête préliminaire pour « viol » et « agression sexuelle » pour des « faits susceptibles d’avoir été commis à Paris à l’égard d’une victime mineure ». Pour Fatima Bénomar, « il reste très peu de marche de manœuvre » à Nicolas Hulot. Lorsqu’en 2018, le magazine Ebdo révèle l’existence d’une plainte pour viol à son encontre, le gouvernement fait bloc autour de lui. « Il était complètement couvert et défendu par le gouvernement et puis ces femmes étaient encore isolées et fragiles. Il n’y avait pas encore l’enquête d’Envoyé spécial, il pouvait aller pleurnicher, entre guillemets, chez Bourdin ». Aujourd’hui, bien que la présomption d’innocence prévôt, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal qualifie les témoignages de « poignants, voire glaçants ». Marlène Schiappa, qui était encore secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les Femmes et les Hommes en 2018, a quant à elle, évoqué des « faits assez terrifiants ». Sans aucun soutien renouvelé à Nicolas Hulot.

« Quelque chose de systématique dans son profil d’agresseur »

Mais pour Fatima Benomar, Marlène Schiappa « est complice de par la place où elle était » explique-t-elle. « Elle avait le choix de se désolidariser, mais à ce moment-là ça pouvait lui coûter sa place, ou de faire ce qu’elle a fait, c’est-à-dire non seulement se solidariser mais de manière très appuyée. Elle fait partie d’un système où sa place était stratégique tout simplement ». « A minima des excuses » : c’est ce que réclame aujourd'hui Fatima Bénomar de la part du gouvernement. Des excuses auprès des femmes qui ont vu « leur président de la République, leur Premier ministre, leur ministre des droits des Femmes, et d’autres, ne même pas dire « Nous, on ne prend pas parti parce qu’il y a la présomption d’innocence » mais qui les ont fait mentir. Ils ont dit à ces citoyennes, 'vous mentez' », affirme la militante. « Ils ont jeté l’opprobre sur elles et ça a dû être très très dure pour elles ».

La possible prescription des faits n'inquiète pas Fatima Benomar. « J’ai l’intime conviction que cet homme n’a pas percuté que cinq ou six femmes, qu’il y a quelque chose de systématique dans sa façon de fonctionner, dans son profil d’agresseur ». Pour la militante féministe, ce qui est encourageant, c’est que, « peut-être, cette émission et cette enquête vont susciter encore d’autres témoignages qui eux sont plus récents et ne vont pas tomber sous le coup de la prescription ». Une prescription qui, pour elle et beaucoup d’associations féministes, devrait être changée. « Il faut l’imprescriptibilité des crimes sexuels sur mineurs, donc pédocriminels, et incestueux ».

Ecoutez l’interview en podcast (à 10min54)


Photo : cc by COP PARIS


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